Dossier Mutations des systèmes productifs en France

Epernay

Melody Enguix
Alternatives Economiques Poche n° 050 - juin 2011
La zone d'emploi d'Epernay
Epernay : structure de l'emploi
Epernay : taux de chômage au 3e trim. 2008 (a) et au 4e trim. 2010

La zone d'emploi d'Epernay, à 30 kilomètres au sud de Reims, est tout entière tournée vers le champagne. Le coeur de la célèbre Côte des blancs est pour beaucoup dans l'économie de la région Champagne-Ardenne. La zone d'Epernay appartient toutefois à la " diagonale du vide " française, qui bénéficie peu de la proximité francilienne.

La ville d'Epernay est posée au pied d'un coteau crayeux globalement orienté nord-sud et dont le flanc fait face au soleil levant. Le champagne est le résultat de ces particularismes géologiques et géographiques. " Avec l'arrivée du train, qui a permis sa distribution, la production de champagne a connu un premier essor au milieu du XIXe siècle ", explique Franck Leroy, le maire d'Epernay. C'est alors devenu un produit à la mode auprès de la bourgeoisie du second Empire et, au-delà, en Europe.

L'économie de la bulle

Dès les années 1950 et, surtout, à partir des années 1970, la production du champagne connaît un second envol (les prix aussi). Depuis cette période, le mode de production a bien changé. Le rendement à l'hectare a augmenté et les étapes de vinification et de champagnisation se sont mécanisées. Conjugués à la hausse des prix, ces progrès technologiques expliquent la forte croissance de la valeur ajoutée associée à la production du champagne. Grâce au marketing des grandes maisons, la demande a fortement progressé en France et surtout à l'étranger. La production a augmenté d'un tiers entre 1990 et 2007. A la veille de la crise, elle avait atteint un sommet avec 339 millions de bouteilles. Mais malgré cela, il se vend désormais plus de bouteilles qu'il ne s'en produit, laissant supposer que la demande à venir ne pourra être satisfaite. Les limites de l'AOC (appellation d'origine contrôlée, qui délimite le territoire de production du champagne) ont déjà été repoussées vers le haut de la pente, vers la vallée et vers le sud du coteau, mais la question de l'extension de la zone de production, " un enjeu de taille pour nous ", rappelle Franck Leroy, se pose à nouveau.

Si la zone d'emploi d'Epernay doit la majeure partie de ses 9 000 emplois agricoles (22 % de l'emploi total, contre 5 % en moyenne hors Ile-de-France) à la viticulture, les deux tiers de la surface agricole utile sont en fait de vastes parcelles consacrées aux grandes cultures (blé, betterave à sucre, etc.). Cette agriculture très productive s'est développée tardivement, dans les années 1950. C'est à cette même période que s'est faite l'industrialisation autour d'Epernay, à l'instar de celle qui a eu lieu dans le département de la Marne. Les quelques spécialités de cette industrie sont aussi liées au succès du champagne. A commencer par l'agroalimentaire. Ce secteur emploie 4 300 personnes (soit 14 % de l'emploi salarié de la zone, contre 2,5 % en France), surtout parmi les gros producteurs : Moët & Chandon (propriété du groupe de luxe LVMH), avec près d'un millier de salariés, ou la coopérative Nicolas Feuillatte, qui compte 220 salariés.

A ces emplois directs s'ajoutent 1 800 autres (6 % de l'emploi salarié, contre 1 % en France) dans le bois ou le papier. Ils sont pour l'essentiel liés eux aussi au champagne, avec la fabrication de palettes, bouchons, cartons ou étiquettes. Dans ce secteur et sur un autre registre, il faut également citer le fabricant de fenêtres Pastural, du groupe Lapeyre.

D'autres spécialités, comme la fabrication de machines, sont nées à la faveur de cette viticulture reine, puis ont élargi leur champ d'activité. Legras Industries (230 salariés) a d'abord produit des semi-remorques pour l'agriculture. Tecnoma Technologies (150 salariés, groupe Exel Industries) fabrique des pulvérisateurs agricoles. L'entreprise Virax, avec ses outils des marques Facom et Stanley Tools, et Chantelle, avec sa lingerie, diversifient un peu le paysage industriel local et représentent quelque 200 salariés chacune.

A côté de l'agriculture, l'industrie pèse donc fortement dans la zone d'Epernay, regroupant 22 % de l'emploi, contre 17 % en moyenne hors Ile-de-France. Le tertiaire y est en revanche moins développé : 20 600 personnes y travaillent, soit 51 % de l'emploi total de la zone, quand la moyenne nationale est de 72 %. Sans surprise, les plus gros employeurs sont publics (l'hôpital et la commune d'Epernay), mais le champagne a aussi amené son lot d'emplois de services connexes. Ainsi, Epernay accueille une annexe locale de l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao), l'institut qui est en charge des appellations d'origine contrôlée ; on trouve aussi les douanes, pour contrôler les exports, ou le Syndicat général des vignerons de la Champagne.

L'économie de la zone est donc très liée à la production et à la vente de ce vin, elles-mêmes dépendantes des aléas du climat (comme en 2003, où se sont succédé gel hivernal, sécheresse au printemps et canicule durant l'été), mais surtout des fluctuations de la demande mondiale. Cette faiblesse a été manifeste lors de la récession qui a suivi la guerre du Golfe en 1991 ou lors de la dernière crise financière : les exportations ont ainsi baissé de 40 % en valeur au premier trimestre 2009. Dans l'ensemble, la zone d'emploi d'Epernay a perdu 900 emplois salariés en 2008 et 2009, soit 4,7 % de l'emploi salarié privé. C'est deux fois plus qu'en province, mais dans la moyenne des zones productives. Le champagne reste cependant un atout, du fait des perspectives de développement du secteur.

Une attractivité en demi-teinte

La Champagne-Ardenne se distingue comme étant la seule région française perdant des habitants. Contrairement aux autres régions voisines de l'Ile-de-France, elle ne bénéficie guère de cette proximité. La zone d'Epernay a elle aussi un solde migratoire négatif. Elle peine à retenir ses jeunes, qui ne reviennent pas y travailler une fois leurs études terminées. La faible croissance de l'emploi ainsi que le manque de certains postes qualifiés, de cadres en particulier, expliquent en partie cette situation. Le nombre d'emplois dans la conception-recherche, certes très faible, connaît toutefois une forte croissance, qui pourrait se pérenniser grâce au pôle de compétitivité Industries et agro-ressources. Celui-ci s'intéresse notamment à la valorisation par l'industrie de déchets agricoles, comme les déchets de taille pour les fours du verrier Saint-Gobain.

Malgré des inégalités assez marquées, les revenus des résidents sont relativement élevés grâce à la viticulture (11 000 euros par habitant et par an en moyenne, 60 % de plus que la moyenne provinciale). Pour autant, cela n'a pas permis le développement d'emplois liés à la consommation locale, d'où une faiblesse des services aux particuliers.

Le tourisme lui-même reste limité, les dépenses touristiques effectuées dans la zone, rapportées au nombre d'habitants, ne s'élève qu'à 970 euros (contre une moyenne française de 2 400 euros). Le potentiel est toutefois présent pour un tourisme à forte valeur ajoutée. L'aura du champagne attire des touristes étrangers qui viennent visiter les caves de l'avenue de Champagne et les vignobles, et tout apprendre de la méthode champenoise. Les alentours d'Epernay proposent déjà quatre hôtels 4 étoiles, même si un autre projet a été interrompu par la crise.

Melody Enguix
Alternatives Economiques Poche n° 050 - juin 2011
 Commenter cet article
J'ai déjà un compte, je m'identifie :

Mot de passe oublié?

Je n'ai pas de compte, je m'inscris :

Votre email :
En Kiosque actuellement





Autres ressources

Je m'abonne et je commande



  • Offres enseignants
  • Offres institutions
  • Offres étudiants

  •  
Autres rubriques



<a href="page.php?rub=99"><img src="pics/fr/mes-achats.gif" alt="Mes achats">

alternatives economiques Alternatives Economiques : Contacts | Annonceurs | Informations légales | Signaler un contenu illicite
Abonnements : 12 rue du Cap Vert 21800 Quetigny - Tel 03 80 48 10 25 - Fax 03 80 48 10 34 - accès au formulaire de contact
Rédaction - Alternatives Economiques : 28, rue du Sentier, 75002 Paris - 01 44 88 28 90 - accès au formulaire de contact
© Alternatives Economiques. Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées sur ce site est soumise à
l’autorisation de : Alternatives Economiques. Ce site fait l’objet d’une déclaration auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés sous le numéro 821101
Alternatives Economiques/Actu