Ethique et entreprise. Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire

Ethique et entreprise. Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire, par Cécile Renouard
Editions de l'Atelier, 2013, 172 p., 2013, 17 euros.

Denis Clerc
Alternatives Economiques n° 328 - octobre 2013
couverture
Impôts, protection sociale, dépenses publiques... Qui va payer ?
octobre 2013

L'éthique n'est ni "un surplus anecdotique" ni un élément de marketing ou, pire, un moyen d'améliorer la rentabilité de l'entreprise, mais "un aiguillon critique au service de la survie de la planète et du bien-vivre ensemble". Le capitalisme actuel n'est pas seulement prédateur, "générateur de nombreuses souffrances", il est aussi "insoutenable", du fait "d'un modèle de croissance impossible à conserver dans la durée". Aussi est-ce à une transformation radicale du système économique qu'appelle l'auteure, philosophe de l'économie (Essec et Ecole des Mines) et religieuse (ce qui explique que, à plusieurs reprises, mais de façon non intrusive, elle fasse appel à la parole du pape).

Les initiatives qui s'efforcent d'instaurer "d'autres modèleset d'autres modes de vie" ne suffiront pas : c'est le système tout entier qu'il faut changer, et donc les entreprises qui le composent, notamment les plus grosses, les multinationales. Car ces dernières ont une responsabilité qui n'est pas seulement sociale, mais aussi économique, financière, environnementale et même politique. Voilà qui change, on le voit, du discours ambiant sur l'éthique, moralisateur et accommodant. Il faut en finir avec le marché tout puissant comme règle et le profit comme boussole. L'entreprise doit être orientée par des finalités sociales et environnementales, le profit n'étant pas une fin, mais un moyen pour atteindre ce type de finalité.

Un lieu d'affiliation

Comment faire ? D'abord, reconnaître que, si la société de capitaux est une affaire d'actionnaires, l'entreprise est bien plus que cela : une place au moins aussi importante doit être faite aux autres parties prenantes, qu'il s'agisse des travailleurs, des clients, des fournisseurs (les sous-traitants qui supportent l'essentiel des contraintes) ou de la collectivité qui dépend de l'entreprise. Ensuite, faire de l'entreprise un "lieu d'affiliation" et de production de biens relationnels. Enfin, partager équitablement les revenus issus de l'activité productive, au lieu de ne privilégier que la valeur actionnariale.

Bien sûr, il y a dans ce travail une grande part d'utopie. Mais pas tant que cela, confie l'auteure, qui cite de nombreux exemples d'évolution dans le sens qu'elle indique. Mettre en oeuvre les capacités relationnelles de tous ordres que recèle l'entreprise ne sera pas simple, mais ce n'est pas tâche désespérée, suggère-t-elle. On le souhaite, en tout cas.

Ethique et entreprise. Pourquoi les chrétiens ne peuvent pas se taire, par Cécile Renouard
Editions de l'Atelier, 2013, 172 p., 2013, 17 euros.

 Commentaires
, le 28/10/2015 à 10:39
Dans un environnement en proie à des mutations profondes où les repères sont brouillés, les managers peinent à retrouver leur éthique et leurs valeurs.

Sur fond de crises économiques et de changements le manager opérationnel assume difficilement au quotidien et surtout dans la durée la multiplicité des missions et rôles qu’on lui demande d’assumer. La cause principale étant moins la quantité et l’intérêt qu’il y porte mais davantage leurs superpositions et télescopages qui ont comme effets de retarder et rendre difficile sa prise de décision. Les décisions sont ressenties comme plus difficile parce qu’ elles ne sont plus suffisamment en cohérence ni avec lui-même : ses valeurs, son éthique, ses expériences, sa culture.., ni avec les stratégies et objectifs affichés de la société, comme avec la culture d’entreprise « explicite », ni avec les procédures et process et les exigences des services annexes ou connexes et ni encore moins avec les attentes des équipes pour lesquelles, à son corps défendant, il ne peut plus porter l’attention qu’il devrait et voudrait avoir, alors que ses compétences relationnelles et son goût du contact humain, le porteraient naturellement à en faire sa priorité.
L’éthique des valeurs est une voie qui s’impose aux entreprises et managers comme porteuse de sens et de cohérence.
Faut-il encore être instruit de ces concepts d’éthique et de valeurs ! Combien de managers en fonction ont-ils bénéficié de cette instruction ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, dans un métier d’encadrement qui nécessite d’exceller dans les relations humaines, on ne prend pas le temps d’instruire nos managers à ces connaissances. On compense par des stages de communication ou de motivation, mais leur résonance et influence sont éphémères. Quant à la littérature, elle ne propose que de trop rares ouvrages de synthèse et de vulgarisation accessibles à tout un chacun.
L’éthique des valeurs est un processus stable qui nous renvoie toujours aux mêmes questions : que dois-je faire ? Que dois-je faire pour bien faire et bien me comporter ? Quelles valeurs mettre en action ? Elle nous délègue le pouvoir de choisir nos décisions.
L’éthique* se différencie de la morale en ce sens qu’elle ne lui est pas assujettie, sinon pour le choix de faire le bien et d’éviter de faire le mal. La question éthique ou morale concerne l'agir quotidien ainsi que les moyens d’obtenir la réponse aux questions : que dois-je faire ? Que dois-je faire pour bien faire ? Ces moyens dépendent non seulement du contexte, mais aussi des valeurs des individus. L’éthique** dans chaque situation pose la question du « comment bien agir et bien se comporter ? ». Les réponses sont dans nos vertus et nos valeurs. L’éthique délègue le pouvoir de choisir ses décisions et ses principes d’action, pourvu qu’ils aient l’intention de faire le bien. Dans un contexte de changement perpétuel et durable qui modifie en permanence les règles du jeu, l’éthique des valeurs est un processus stable dans la mesure où il renvoie toujours aux mêmes questions, mais c’est aussi un processus dynamique de développement individuel et collectif qui nécessite successivement une connaissance de ses propres valeurs, la reconnaissance de celles des autres, une analyse exigeante, individuelle et collective des conséquences de nos solutions et de nos actions, dans l’efficacité et la durée.

Jacky Gouvier auteur de :Management "Ethic'Leader" 150 valeurs pour donner du sens
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