Faut-il libéraliser le travail du dimanche ?

Laurent Jeanneau
Alternatives Economiques n° 329 - novembre 2013
couverture
Licenciements, inégalités, pauvreté : on fait quoi ?
novembre 2013
Salariés travaillant le dimanche en 2011

Castorama et Leroy Merlin ont engagé un bras de fer avec la justice en bravant la décision rendue le 26 septembre dernier par le tribunal de commerce de Bobigny qui les obligeait à fermer le dimanche leurs magasins en Ile-de-France. Leur fronde a relancé la polémique sur le travail du dimanche. Pour calmer le jeu, le gouvernement a confié une mission à Jean-Paul Bailly, l'ancien président de La Poste, afin d'en clarifier le cadre juridique.

Dérogations

Depuis une loi de 1906, "le repos hebdomadaire est donné le dimanche", stipule le code du travail. Mais cette règle souffre déjà de nombreuses exceptions : elles concernent des secteurs aussi divers que la santé, la sécurité, les transports, l'hôtellerie et la restauration, le commerce alimentaire ou encore certaines zones touristiques. Les maires et les préfets peuvent en outre accorder des autorisations exceptionnelles pour un nombre limité de jours dans l'année. Résultat : en 2011, selon la Dares, 6,5 millions de salariés ont travaillé le dimanche, dont 3 millions de manière habituelle. Et le phénomène se banalise : 29 % des salariés étaient concernés en 2011, contre 20 % dans les années 1990.

Emplois

Faut-il aller plus loin ? Pour les commerçants concernés, ouvrir le dimanche, ce serait la promesse d'un chiffre d'affaires en hausse. Et ils n'hésitent pas à faire miroiter des milliers de créations d'emplois aux pouvoirs publics s'ils obtiennent gain de cause. Le Conseil du commerce de France promet de créer 20 000 emplois à temps plein si le travail est autorisé douze dimanches par an.

Illusions

Mais de tels chiffres sont fantaisistes. Comme le rappelle une étude du Crédoc [1], l'effet sur l'emploi d'une ouverture généralisée des commerces le dimanche serait en réalité pratiquement nul. Principalement parce que cela n'augmente pas le pouvoir d'achat des Français. Selon les auteurs, il est probable en effet "que l'essentiel des ventes réalisées le dimanche corresponde au transfert de ventes initialement réalisées les autres jours de la semaine". Seules des stratégies non coopératives sont payantes : "Ouvrir un jour de plus apporte plus d'activité uniquement si les concurrents sont fermés au même moment", souligne Xavier Timbeau, économiste à l'OFCE [2]. Mais s'il y a un gagnant, il y aura aussi des perdants. Et les emplois créés d'un côté seront détruits de l'autre, comme le confirme le cas de Bricorama, qui menace de fermer un magasin dans les Yvelines face à la concurrence jugée "déloyale" de Leroy Merlin, resté ouvert malgré les injonctions de la justice.

De plus, si le travail du dimanche n'a pas en réalité d'impact économique positif sensible, il menace en revanche à coup sûr l'équilibre de la vie familiale, les relations amicales et le développement des activités citoyennes et associatives. Pas sûr que le confort de quelques consommateurs justifient de tels sacrifices… Il est donc légitime de remettre de l'ordre dans un maquis de règles qui se sont empilées et sont devenues illisibles. Cette complexité favorise d'ailleurs les stratégies de contournement qui peuvent fausser la concurrence. Mais il serait inutile et dangereux d'en profiter pour étendre davantage encore le travail du dimanche.

Laurent Jeanneau
Alternatives Economiques n° 329 - novembre 2013
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