Inverser la courbe du chômage : et après ?

Pierre Concialdi, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales
Alternatives Economiques n° 327 - septembre 2013

C'est devenu le leitmotiv du gouvernement : il faut "inverser la courbe du chômage" avant la fin de l'année. La montée en charge des emplois aidés (notamment avec l'élargissement des emplois d'avenir aux jeunes qualifiés) devrait aider le gouvernement à progresser vers son objectif volontariste. Le léger rebond de la croissance annoncé par l'Insee pour le second trimestre de l'année (+ 0,5 %) devrait aussi aller dans ce sens, même si on est encore loin de la croissance nécessaire pour que l'économie parvienne à créer des emplois (au minimum 1,5 %, contre un "acquis" de 0,1 %).

A cette panoplie, le président de la République a ajouté un nouvel "outil" en décidant de s'attaquer à la question des emplois non pourvus. On sait pourtant que cette question est un faux problème qui sert, au pire, à stigmatiser encore davantage les chômeurs (comme le faisait Nicolas Sarkozy) et, au mieux, à afficher un peu de volontarisme politique [1]. François Hollande a ainsi déclaré vouloir prendre cette question "par les cornes" en s'engageant à porter à 100 000 le nombre de formations à ces emplois (soit 30 000 en 2013 et 70 000 en 2014). Pourquoi pas. Mais les chômeurs n'ont pas attendu le plan gouvernemental pour demander des formations qui leur sont souvent refusées. Un refus qui commence à apparaître de façon significative parmi les motifs de contentieux qui opposent les chômeurs à Pôle emploi [2], de même que le défaut d'accompagnement. Sur ce dernier point d'ailleurs, les indicateurs récemment publiés par Pôle emploi dans le cadre de la convention tripartite Etat-Unedic-Pôle emploi 2012-2014 montrent que le volume des effectifs consacrés à l'accompagnement des chômeurs reste inférieur de 30 % à l'objectif fixé pour 2014.

Davantage de contrats aidés et de formations, un meilleur accompagnement, tout cela peut permettre d'endiguer la montée du chômage et d'inverser la courbe. Mais ces mesures sont loin d'être à la hauteur du problème.

Que l'on se tourne vers les chiffres de Pôle emploi (5,7 millions de demandeurs d'emploi inscrits au deuxième trimestre 2013) ou vers ceux de l'Insee (environ 5,5 millions de personnes au chômage, en sous-emploi ou souhaitant travailler à la même période), la pénurie d'emplois n'a jamais été aussi massive. Pour un gouvernement qui souhaite dresser des perspectives à dix ans, il est nécessaire de prendre des mesures structurelles pour retrouver le plein-emploi. Et la croissance ne peut plus être l'unique planche de salut. La réduction collective du temps de travail demeure le seul levier qui, à moyen et long termes, peut permettre d'atteindre cet objectif. Reste à savoir si, parmi les ministres qui ont réfléchi pendant l'été à la France de 2025, certains ont eu le réalisme et le courage politique de la proposer.

Pierre Concialdi, chercheur à l'Institut de recherches économiques et sociales
Alternatives Economiques n° 327 - septembre 2013
 Notes
  • (1) "Chômage et emplois vacants : démagogie, manipulations statistiques et idéologie", Note ACDC n° 7, juin 2011 (http://acdc2007.free.fr/76011.pdf).
  • (2) Rapport 2012 du médiateur de Pôle emploi, avril 2013.
 Commentaires
Thierry VERSON, le 29/09/2013 à 19:48
Il y a peut-être une autre solution que la réduction collective du temps de travail, qui pénalise soit le pouvoir d'achat de l'employé soit la compétitivité de l'entreprise. Développer des emplois sociaux, c'est à dire non marchands, au service de la collectivité.
Comment les financer ? D'abord par une taxation normale, juste et égalitaire de tous les profits, dont bien évidemment ceux des multinationales. Arrêter le dumping fiscal. Ensuite par un redéploiement de toutes ces aides sociales perverses qui fabriquent une mentalité d'assité et dressent ceux qui travaillent contre ceux qui n'ont pas cette chance. Une simple recherche sur Internet permet de constater que le coût moyen de l'indemnisation d'un chomeur serait de 29000€ par an, quand un emploi social au SMIC, l'état étant auto-assureur en matière sociale et récupérant les taxes sur la conommation serait de 11000€. Peut-être une solution à creuser ...
phearl, le 18/01/2016 à 21:14
la pénurie d'emplois n'a jamais été aussi massive, en effet je suis d'accord. De nombreuses entreprises ferment leur porte et les nouvelles, soit veulent des salariés hautement qualifiés, soit ne font pas suffisamment de bénéfices pour embaucher. Il n'y pas selon moi de solution miracle. D'une part on tend à vouloir acquérir la possibilité de remplacer une grande partie des emplois sociaux par des robots, de compagnie par exemple. Le système de la personne de compagnie n'étant pas dans la plupart des cas un emploi, mais plutôt une activité de bénévolat. La volonté des gouvernements de créer des aides sociales (parlons clairement de CMU et D'AME) est peut-être liée avec la politique d'accueil de la France mais aussi d'autres pays européens, lié aussi avec des accords sur des quotas de migrants à accepter sur le territoire. Accords entre pays européens et d'ailleurs. Nous ne savons pas sur quelles bases sont conclus ces accords (évitements d'embargos ? évitement de déséquilibres majeurs de la balance commerciale ? Implantations d'entreprises sur les territoires concernés ? gestion de conflits internationaux?)...Une autre solution serait de faire accepter au une grande partie de la population à faire des sacrifices de son pouvoir d'achat, et d'accepter des emplois de courte durée, du travail précaire en quelque sorte. Il me paraît assez clair que de nos jours, il n'y a pas assez de travail pour tous le monde sur notre territoire, et que la redistribution des emplois perdus en raison de la croissance des technologies ne se fait pas comme dans le monde idyllique que l'on nous promet à chaque fois qu'une nouvelle technologie est exploitée pour faciliter , soulager, augmenter la productivité (l'ère du robot, et de l'informatisation partout...la dématérialisation...), ne se fait finalement pas. Il faut moins de personnel pour produire, et ils faut aussi moins de capital humain pour produire des robots. De plus tous les jeunes qui vont arriver sur le marcher du travail ne sont pas motivé pour avoir une qualification de travail parcellisée, qui ne maitrise rien d'autre que l'acte de tirer sur une ficelle pour alerter un défaut inaccessible aux robots sur la chaine de production. Nous nous engageons sans cesse vers les voix du travail en réalité déqualifié et sans intérêt.Pour tenir un commerce de boulangerie il suffit de savoir utiliser un cutter pour ouvrir des cartons de surgelés, et faire fonctionner un four.
LOUIS PERETZ, le 06/06/2016 à 09:09
L'auteur ne le sait peut-être pas, mais il est dans la pensée unique, celle des sophismes dominants : "Et la croissance ne peut plus être l'unique planche de salut. La réduction collective du temps de travail demeure le seul levier qui, à moyen et long termes, peut permettre d'atteindre cet objectif". C'est n'avoir rien compris à la logique (monétariste) de la macroéconomie que de penser qu'il y a autre chose que la croissance pour diminuer le chômage. Ne pas inverser les prémisses pour en déduire des solutions.
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