Entretien

Investissements étrangers en France : « Ne pas surestimer les gains pour l’Hexagone »

5 min
Vincent Vicard Analyste du commerce international, adjoint au directeur du CEPII

Pour la cinquième année consécutive, l’Elysée à Versailles organisait en début de semaine un sommet, baptisé « Choose France », consacré à l’attractivité économique du pays. Comme à chaque édition, Emmanuel Macron en a profité pour annoncer quelques projets d’installation emblématiques. Le Président s’est félicité du cru 2022, avec quatorze projets d’investissements étrangers et 4 000 emplois pérennes promis, pour une somme totale d’investissement de 6,7 milliards d’euros.

Ces chiffres confirment les diagnostics établis par le cabinet EY ou encore par Business France, l’agence chargée de l’internationalisation de l’économie française, qui estiment tous deux que la France est le premier pays européen d’accueil des investissements étrangers.

Faut-il s’en réjouir ? En faire une stratégie économique de long terme ? Ces investissements ont-ils à l’inverse un revers de la médaille ? Eléments de réponse avec Vincent Vicard, spécialiste du commerce international au Centre d’études prospectives et d'informations internationales (Cepii).

Pourquoi les Etats cherchent-ils à attirer les investissements des multinationales étrangères ?

Vincent Vicard : Mettre en avant l’attractivité de son territoire, c’est montrer une forme de validation des choix de politique économique suivis, sur le mode : « vous voyez bien que j’ai la bonne politique puisque cela attire les firmes étrangères ! » Le gouvernement d’Emmanuel Macron se sert ainsi de cet outil marketing pour valider ses choix comme la baisse de l’impôt sur les sociétés, la réduction des impôts de production ou encore la flexibilisation du marché du travail.

On ne dispose pourtant pas d’éléments permettant d’établir de lien direct entre fiscalité et attractivité. De même, on manque d’éléments tangibles attestant qu’on peut associer investissements étrangers et réindustrialisation, alors que cela est souvent fait dans le discours politique...

De manière plus générale, il faut distinguer deux types d’investissements étrangers. D’un côté, les créations d’entreprises, qui sont d’ailleurs celles qui sont souvent mises en avant par Choose France. Et, de l’autre, les rachats d’entreprises françaises par des firmes étrangères. Rappelez-vous l’an dernier, quand le canadien Couche-Tard a voulu racheter Carrefour, l’annonce a été reçue de manière beaucoup moins positive !

Pour la cinquième année consécutive, l’Elysée à Versailles organisait en début de semaine un sommet, baptisé « Choose France », consacré à l’attractivité économique du pays. Comme à chaque édition, Emmanuel Macron en a profité pour annoncer quelques projets d’installation emblématiques. Le Président s’est félicité du cru 2022, avec quatorze projets d’investissements étrangers et 4 000 emplois pérennes promis, pour une somme totale d’investissement de 6,7 milliards d’euros.

Ces chiffres confirment les diagnostics établis par le cabinet EY ou encore par Business France, l’agence chargée de l’internationalisation de l’économie française, qui estiment tous deux que la France est le premier pays européen d’accueil des investissements étrangers.

Faut-il s’en réjouir ? En faire une stratégie économique de long terme ? Ces investissements ont-ils à l’inverse un revers de la médaille ? Eléments de réponse avec Vincent Vicard, spécialiste du commerce international au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).

Pourquoi les Etats cherchent-ils à attirer les investissements des multinationales étrangères ?

Vincent Vicard : Mettre en avant l’attractivité de son territoire, c’est montrer une forme de validation des choix de politique économique suivis, sur le mode : « vous voyez bien que j’ai la bonne politique puisque cela attire les firmes étrangères ! » Le gouvernement d’Emmanuel Macron se sert ainsi de cet outil marketing pour valider ses choix comme la baisse de l’impôt sur les sociétés, la réduction des impôts de production ou encore la flexibilisation du marché du travail.

On ne dispose pourtant pas d’éléments permettant d’établir de lien direct entre fiscalité et attractivité. De même, on manque d’éléments tangibles attestant qu’on peut associer investissements étrangers et réindustrialisation, alors que cela est souvent fait dans le discours politique.

De manière plus générale, il faut distinguer deux types d’investissements étrangers. D’un côté, les créations d’entreprises, qui sont d’ailleurs celles qui sont souvent mises en avant par Choose France. Et, de l’autre, les rachats d’entreprises françaises par des firmes étrangères. Rappelez-vous l’an dernier, quand le canadien Couche-Tard a voulu racheter Carrefour, l’annonce a été reçue de manière beaucoup moins positive !

Enfin, on attend des multinationales étrangères qu’elles créent de l’emploi, qu’elles insèrent la France dans les chaînes de valeur ajoutée mondiales et qu’elles aient des retombées positives en matière technologique. C’est le cas pour la principale annonce de Choose France 2022, avec l’investissement de 5,7 milliards d’euros annoncé par STMicroelectronics et GlobalFoundries1 pour étendre une usine de fabrication de semi-conducteurs, avec 1 000 emplois à la clé. Attirer ce type d’investissement dans une filière stratégique fait pleinement sens, mais ce n’est pas le cas de tous les investissements étrangers, qui ont souvent moins de retombées.

Attirer les investisseurs étrangers n’a-t-il que des avantages ?

V. V. : Il ne faut déjà pas trop surestimer les gains qui y sont associés. En matière de créations d’emplois, c’est en général une trentaine de milliers d’emplois par an. Il ne faut pas non plus surestimer les retombées technologiques dans un pays riche comme la France.

S’y ajoutent quelques désavantages. On a affaire à des entreprises très mobiles, moins attachées au territoire et qui, en cas de problème, n’hésiteront pas à fermer leur site français pour se relocaliser ailleurs. Ces réorganisations entraînent alors des destructions d’emplois sur les territoires.

Par ailleurs, elles ont un coût pour les finances publiques locales car ce type d’investissements s’accompagne souvent d’aides publiques importantes. Lorsqu’elles soutiennent les investisseurs étrangers, les collectivités locales espèrent que la nouvelle entreprise va s’installer dans la durée, ce qui n’est pas toujours le cas.

Enfin, on sait que ces grandes entreprises ont la capacité d’échapper aux impôts par leurs stratégies d’évitement fiscal.

Comment la France s’en sort-elle avec ces investissements étrangers ?

V. V. : Elle attire des firmes et c’est le premier pays en Europe de ce point de vue. Mais ces investissements étrangers ne drainent pas beaucoup d’emplois. L’emploi sous pavillon étranger en France est un peu supérieur à l’Italie, mais se situe au même niveau que l’Allemagne ou l’Espagne, qui reçoivent moins d’investissements.

Les firmes françaises investissent également à l’étranger car elles ont beaucoup délocalisé, plus que dans les autres pays. Cela profite à nos revenus d’investissements étrangers, supérieurs à ce que nous versons, mais cela s’est traduit aussi par une plus grande désindustrialisation et par le creusement des déficits commerciaux.

Entre-t-on dans une période de mondialisation de moindre intensité dans laquelle l’enjeu d’attraction des firmes étrangères sera moins important ?

V. V. : Nous vivons déjà une époque dans laquelle la mondialisation a arrêté de progresser. Va-t-on assister à un retour de la production sur les territoires d’origine ou dans un cadre plus régional ? On a entendu de nombreuses déclarations de firmes allant dans ce sens après l’invasion de l’Ukraine. Mais on avait eu le même genre de prises de position au moment de la pandémie et on n’a pas observé depuis un net mouvement allant dans le sens de chaînes de valeur plus régionales ou nationales.

On peut penser que pour certains secteurs stratégiques (puces, batteries, intelligence artificielle, etc.), les Etats vont inciter les entreprises à développer une capacité d’autonomie nationale et régionale (productions locales, fournisseurs locaux, stocks, etc.). Pour les autres secteurs, je ne pense pas que les entreprises souhaiteront reconfigurer en profondeur l’organisation territoriale de leurs chaînes de valeur.

  • 1. GlobalFoundries est une entreprise américaine dont le capital est en partie détenu par un fonds d’Abu Dhabi.
Propos recueillis par Christian Chavagneux

À la une

Commentaires (9)
JACQUES ROPITEAU URBANI 15/07/2022
Je vois que l’optimisme reste de mise chez les lecteurs d’AlterEc. Pour les conforter je pense que la fin du monde devrait aussi arriver un jour ! Pour répondre plus sérieusement à l’un des commentaires: la création d’emploi exige des outils de production, des bâtiments, des services, bref des investissements qui vont bien au delà du salaire chargé d’un emploi.
Pascal SOLAL 27/07/2022
Je n'attends pas d'un journal qu'il me dise que tout va bien. J'attends de lui qu'il me dise ce qui se cache derrière les choses...
JACQUES ROPITEAU URBANI 27/07/2022
Et il se cache beaucoup de choses voir des complots peut-être !
Rébénacq 15/07/2022
Autre exemple. Il y a 1 an, l'entreprise américaine CSG s'est installée en Bearn en reprenant le club de basket de l'Elan Bearnais. On lui a déroulé le tapis rouge. Aujourd'hui le club est en lourd déficit et a été rétrogradé en Fédérale une. La faillite devrait être déclarée dans les prochaine semaines et lessalariés probablement licenciés.
PASCAL PICARD 14/07/2022
Bonjour, Je ne suis sans doute pas expert en mathématiques, mais 5,7 milliards pour 1000 emplois, ça fait 5,7 millions par emploi. Si on se base sur un coût moyen annuel chargé de 50 000 € (sans doute généreux), ça représente plus de 110 ans financés. J'ai du mal à voir où est l'intérêt réel ???
Elegehesse 16/07/2022
suite Urbani , en France un emploi moyen est adossé à 110k€ de capital . 5,7 millions par emploi concerne une production hyper capitalistique. Les usines de bagnoles tournent autour de 3 millions par emploi direct. L'élément clé est alors la disponibilité des compétences pour bien utiliser ces machines hyper sophistiquées. Le pb de la France , c'est son faible taux d'emploi de la population en age-capacité de travailler. Plusieurs millions d'emplois manquent = 5millions*110k€ = 500 milliards :-(
FERNANDO FRANCO 18/07/2022
En ce qui concerne l'optimisme l'on peut considerer que les outils de production représentent plutôt des importations, les bâtiments une importante artificialisation des sols et bien souvent ayant recours à des entreprises étrangères (zéro recours à des services français). On perçoit ici un capitalisme qui se porte plutôt bien, mais pour la comptabilité des États c'est plutôt mitigé. Un capitalisme qui ne concerne les États que du fait de sa disponibilité à produire de bons crus financiers.
Elegehesse 18/07/2022
Je ne comprend pas l'intention . Vivre sans travailler ou travailler sans capital ? Avez vous essayé ?
FERNANDO FRANCO 19/07/2022
Assayez de comprendre la construction de seuils en biologie, vous aurez compris que le volume est un problème. L'excès est toujours représenté dans des courbes en U inversé, que ce soit en capital, en travail, en activité et notre société en souffre énormément! Notez que des civilizations de cueilleurs ont connu des sociétés d'abondance mais l'excès n'y était pas, ils avait incorporé le sens du seuil.
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