Le bloc-notes de novembre 2013

Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 329 - novembre 2013
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novembre 2013
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Nucléaire.

François Hollande peut encore tenir sa promesse de fermer la centrale de Fessenheim au cours de son quinquennat. Mais cette décision symbolique, si elle intervient, sera bien l'exception qui confirme la règle : le gouvernement n'a aucunement l'intention de dévier de la ligne pronucléaire suivie par la France depuis les années 1970. En témoigne le récent accord entre EDF et le gouvernement britannique prévoyant la construction de deux réacteurs EPR dans le Somerset. Ou encore l'annonce désormais probable d'un allongement de dix ans de la durée d'amortissement des centrales françaises, en parallèle avec le programme d'investissement que devrait lancer EDF afin d'améliorer leur sécurité, suite à la catastrophe de Fukushima. Suprême astuce, l'allongement de la durée de vie des centrales va nous être présenté comme une mesure favorable à la transition énergétique : en améliorant les comptes d'EDF, elle permettrait de dégager les ressources nécessaires au développement des énergies renouvelables.

En attendant, on voit bien le profit que pourront tirer les actionnaires d'EDF - à commencer par l'Etat - d'une décision qui va permettre à l'électricien de réduire le montant de ses amortissements, et donc de dégager bien plus de profits. Le cours de l'action EDF a ainsi progressé de 70 % depuis le début de l'année.

Bretagne.

Les nuages s'accumulent sur l'économie bretonne : faillite de Doux, fermeture de l'abattoir GAD, restructurations chez Alcatel et chez PSA. A l'origine de ces sinistres, des facteurs multiples. Doux a été victime de la fin annoncée d'un modèle fondé sur l'exportation subventionnée de volailles bas de gamme. GAD subit les conséquences de la baisse de la demande de viande de porc aggravée par le dumping social pratiqué par la concurrence allemande. Enfin, des entreprises venues s'implanter en Bretagne à la grande époque de l'aménagement du territoire, attirées par une main-d'oeuvre à la fois qualifiée, disponible et peu coûteuse, sont engagées dans de douloureuses restructurations.

Néanmoins, la Bretagne se porte plutôt bien. Longtemps terre d'émigration, elle a su valoriser ses atouts, former et retenir sa jeunesse, tout en tirant parti de sa douceur de vivre pour attirer de nouveaux habitants, au point qu'elle compte aujourd'hui autant d'emplois qu'à la veille de la crise financière. Au-delà de success stories comme Yves Rocher ou Armor Lux, la région abrite de multiples entreprises portées par des entrepreneurs souvent très attachés à leur territoire. C'est aussi un terrain fertile pour l'innovation technologique, notamment dans le domaine des produits de la mer. Et pour l'innovation sociale, comme en témoigne le dynamisme de l'économie sociale et solidaire bretonne. Il lui reste à sortir d'un modèle agricole qui a trop longtemps privilégié la quantité au détriment de la qualité, avec les conséquences que l'on sait sur le plan environnemental. La Bretagne doit aussi valoriser son potentiel en matière d'énergies renouvelables, afin de réduire sa dépendance énergétique.

École-entreprise.

En installant le tout nouveau Conseil national éducation-économie le 18 octobre dernier, Jean-Marc Ayrault et Vincent Peillon ont affirmé leur volonté de mettre l'école à l'écoute des besoins des entreprises. C'est un vieux serpent de mer, dans un pays où l'école s'est longtemps d'abord préoccupée de former les clercs et les serviteurs civils et militaires de l'Etat avant de répondre aux besoins de la société et de l'économie. La domination de l'enseignement général sur l'enseignement technologique et professionnel en est une illustration, ou le fait que les formations à la gestion demeurent en grande partie payantes et laissées à l'initiative du secteur privé ou des chambres de commerce, tandis que les écoles d'ingénieurs, les facultés de lettres, de droit et de médecine sont gratuites ou presque.

La fonction de l'école n'est évidemment pas seulement de former la main-d'oeuvre dont les entreprises ont besoin. Elle doit transmettre à chaque enfant une culture commune et doter chacun des outils lui permettant d'exercer sa dignité de citoyen. A ceci près que c'est la maîtrise de cette culture commune et de ces outils qui permet d'accéder à l'emploi. Dans ces conditions, rapprocher l'école et l'entreprise, au-delà des nécessaires débats sur le pilotage de l'offre de formation, c'est d'abord lutter contre l'échec scolaire et rompre avec une pédagogie qui n'encourage pas assez l'autonomie, l'initiative, le travail collectif et le sens critique. De quoi former des citoyens plus éclairés et des actifs plus entreprenants !

Philippe Frémeaux
Alternatives Economiques n° 329 - novembre 2013
 Commentaires
BERNARD DELMOTTE, le 31/10/2013 à 20:51
Il y a des formations publiques - donc "gratuites ou presque" - et performantes dans le domaines de la gestion, comme les IAE (Institut d'administration des entreprises) notamment.

Y aurait-il un intérêt particulier à nationaliser les "Ecoles de commerce" ? (Comme l'ont été en leur temps nombre d'Ecoles d'ingénieur dont la création avaient été laissée à l'initiative privée).
NANTAISML, le 01/11/2013 à 09:52
Encore heureux que Hollande n'ait pas trop cédé aux ayatollahs Verts en ne leur concédant que Fessenheim : quand on voit ce qui se passe en Allemagne avec le retour massif au charbon, les paysages dévastés par les mines à ciel ouvert, le CO2, etc.; tout ça avec le doublement du prix de l'Electricité ! ! et les énergies dites "alternatives" ça coûte encore 4 ou 5 fois plus cher ! mollo, mollo on n'a pas les moyens. Plus que sur le débat nucléaire ou pas, les efforts devraient se situer sur les économies d'énergie, on gaspille encore beaucoup trop !
Thierry VERSON, le 03/11/2013 à 18:30
Continuons à ne raisonner qu'en termes d'économie et d'économies, nul doute que la catastrophe inévitable que Fukushima va constituer au prochain séisme majeur règlera nos divergences. Il suffirait pourtant d'aller en Ukraine, au contact de la population, c'est à dire en dehors de Kiev et des hotels 5 étoiles pour comprendre ce qui nous attend.Pas drôle du tout. J'ai travaillé à Dniepropetrovsk et mes copains chefs d'entreprises dans le textile, m'ont expliqué qu'ils n'avaient pas une employée qui ne soit pas touchée en elle-même ou en sa famille par les conséquences de Tchernobyl, mot tabou dans ce pays.
Le nucléaire c'est le voyageur perdu dans le désert qui survit en s'empoisonnant avec son urine pour gagner qulques heures.
Quant à l'école, elle relève de la même problématique et déja Albert Einstein en son temps plaidait pour que le but de l'école soit de former des citoyens et des personnalités alors qu'il appartient aux entreprises de spécialiser les citoyens adaptables que leur forme la société. Aujourd'hui l'éducation nationale se fait le bras armé du grand capital en formant une main d'oeuvre spécialisée et jetable, soumise à l'autorité, sans se soucier de tous ceux qui restent sur le bord de la route, alors qu'elle devrait être le fement d'une société pacifique, juste et harmonieuse.
On continue à boire notre urine...
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