Les ingénieurs, au coeur du redressement productif

Jean-Claude Bernardon*, consultant et Jean-Louis Froger*, expert en intelligence économique
Alternatives Economiques n° 328 - octobre 2013
couverture
Impôts, protection sociale, dépenses publiques... Qui va payer ?
octobre 2013

Le métier d'ingénieur s'est dévalorisé depuis trente ans. Il est souvent perçu aujourd'hui comme moins "tendance" que d'autres, dans le marketing, le droit et surtout la finance. Des fonctions vers lesquelles nombre d'ingénieurs diplômés préfèrent d'ailleurs se tourner aujourd'hui dès la fin de leurs études. Du coup, la France passe à côté de nombreux potentiels en matière d'activité industrielle et donc d'emplois correspondants. Les ingénieurs sont en effet la matière première de base de tout "redressement productif" : leur disponibilité en nombre suffisant et en qualité adaptée est une condition sine qua non pour réindustrialiser le pays. Mais pour revaloriser ces métiers encore faut-il reconnaître que les ingénieurs dont ont besoin les entreprises recouvrent désormais plusieurs réalités différentes.

Il faudra bien sûr toujours des ingénieurs des grandes écoles classiques "à la française". Des forts en maths, orientés plutôt vers une recherche assez fondamentale avec un tropisme théorique marqué. Ces ingénieurs apportent et continueront d'apporter une contribution décisive au développement de nouvelles connaissances et d'innovations technologiques de rupture. Mais il nous faudrait aussi, et de plus en plus, des ingénieurs "à l'allemande", qui ont vocation à faire carrière dans des postes plus techniques et opérationnels au sein des entreprises. Ce sont surtout ces ingénieurs-là qui permettent de créer et de faire tourner des usines de production, et ainsi de fertiliser le terreau technique indispensable pour assurer le succès industriel d'un pays. Leur formation doit être plus orientée vers la recherche appliquée, le développement produit, l'industrialisation et la fabrication. Leurs études doivent en conséquence être moins focalisées sur les mathématiques et les sciences fondamentales que ne le sont bien souvent aujourd'hui la plupart des formations d'ingénieurs. De plus, de tels cursus de formation, ouverts notamment aux bacheliers sortant de l'enseignement technique, pourraient contribuer utilement à faire repartir "l'ascenseur social".

Enfin, nous manquons également d'"ingénieurs-entrepreneurs", dotés d'une double formation d'ingénieur et d'école de commerce, qui aient vocation à diriger des centres de profit ou à créer des entreprises, alliant à la fois une maîtrise poussée des techniques de gestion et de management et de solides connaissances techniques. Plusieurs écoles ont cependant déjà mis en place de tels doubles cursus.

Notre pays a connu ces dernières décennies un processus de désindustrialisation poussé qui atteint aujourd'hui un seuil inquiétant. Chacun ou presque a conscience désormais de la nécessité et de l'urgence de redresser la pente. Pour cela, il faut bien sûr réunir de nombreuses conditions dans des domaines très divers. Mais parmi ceux-ci, il ne faut pas sous-estimer le rôle de catalyseur joué par la question de la formation des ingénieurs et les réformes à y apporter.

Jean-Claude Bernardon*, consultant et Jean-Louis Froger*, expert en intelligence économique
Alternatives Economiques n° 328 - octobre 2013
 Notes auteur

*Tous deux sont également membres de la Commission innovation, enseignement supérieur et nouveaux business du Medef.

 Commentaires
Raymond KERPEDRON, le 17/10/2013 à 21:08
Tout est dit, particulièrement pour le redémarrage de l'ascenseur social. Tous les agents de maîtrise des ateliers de production devrait passer quelques années en R&D en préparant un diplôme d'ingénieur et seraient alors d'habiles développeurs, mais le conservatisme des grandes entreprises où ce schéma serait réalisable est le frein essentiel: les ateliers de production sont le lieu de toutes les pressions, où les personnels sont peu considérés, donc pas intégrables dans la filière noble dite fondamentale.
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