Licenciements, inégalités, pauvreté : on fait quoi ? (introduction au dossier)

Guillaume Duval
Alternatives Economiques n° 329 - novembre 2013
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Licenciements, inégalités, pauvreté : on fait quoi ?
novembre 2013
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La France compte aujourd'hui 900 000 pauvres de plus qu'en 2008, avant la crise. Et cette pauvreté touche désormais 8,9 millions de Français, un sur sept, dont 2,7 millions d'enfants et adolescents de moins de 18 ans. Parallèlement les inégalités ont explosé comme jamais depuis trente ans : avec la crise, les pauvres sont devenus nettement plus pauvres, tandis que les riches continuaient eux à devenir plus riches. Avec 500 000 emplois perdus dans le secteur marchand depuis 2008 et 5,4 millions d'inscrits à Pôle emploi, on se doutait bien sûr déjà que la crise avait eu un effet dévastateur sur le tissu social. D'autant que le nombre des chômeurs de longue durée âgés est rapidement croissant et qu'ils atteignent désormais la limite de leur droit à indemnisation. L'étude de l'Insee sur les revenus des Français en 2011, publiée en septembre dernier, vient malheureusement confirmer l'ampleur de ces dégâts.

L'urgence sociale

On aurait toutefois tort de considérer qu'une telle évolution serait un simple résultat mécanique, par nature inévitable, de la crise. La France est, avec l'Espagne, un des pays d'Europe où la pauvreté et les inégalités ont le plus progressé depuis cinq ans. La crise a évidemment exercé quasiment partout une pression à la baisse sur les revenus moyens des Européens. Mais la répartition de cette pression au sein des sociétés a été notablement différente d'un pays à l'autre. La pauvreté et les inégalités ont par exemple sensiblement reculé au Royaume-Uni durant cette période.

Si la France est un des pays d'Europe où la pauvreté et les inégalités ont le plus progressé dans la crise, c'est, pour une part non négligeable, parce que celle-ci est intervenue au moment même où les pouvoirs publics, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy, venaient de prendre des mesures d'ampleur pour alléger la pression fiscale pesant sur les plus aisés, tout en limitant parallèlement l'aide apportée aux plus pauvres, au nom de la lutte contre l'assistanat. D'où l'accélération de la tendance, déjà présente avant la crise, à l'explosion des inégalités.

Les chiffres de l'Insee portent cependant sur l'année 2011. Les politiques engagées depuis l'an dernier permettent-elles d'espérer une inversion de tendance ? En freinant sensiblement l'activité économique, la sévère politique d'austérité menée cette année ne contribue guère à faciliter la vie aux chômeurs et aux précaires. La relance des emplois aidés limite toutefois un peu les dégâts. Et parallèlement d'importantes hausses de prélèvements ont été décidées sur les revenus des plus aisés. Même si, à 45 %, le taux marginal de l'impôt sur le revenu reste encore inférieur de 20 points à ce qu'il était il y a trente ans. Sur le terrain de la lutte contre la pauvreté proprement dite, une panoplie de mesures significatives a été engagée, en matière de revenus, mais aussi de logement, d'éducation…

Les résultats des élections partielles comme les sondages montrent cependant combien les attentes des Français restent fortes en la matière. Et à quel point, ils ont le sentiment - justifié - que les nouveaux dirigeants du pays n'ont pas encore pris pleinement la mesure de l'urgence sociale.

Guillaume Duval
Alternatives Economiques n° 329 - novembre 2013
 Commentaires
, le 01/11/2013 à 14:27
Je trouve de plus en plus insupportable d'entende parler de "crise", alors que l'on est dans un système qui continue à créer de la richesse, le problème étant d'une part que cette richesse est en plus en plus mal répartie, et d'autre part que le système financier mondial crée des valeurs artificielles frauduleuses qui sont finalement converties en richesse réelle : celle que l'on vole aux citoyens pour renflouer les banques en faillite.
Et si on parle de crise, il faudrait peut-être préciser que ce n'est pas la crise pour tout le monde : pour le citoyen, le salarié, le chômeur, le contribuable de base, oui, c'est la crise, avec pression sur l'emploi, les revenus, et des hausses de prix qui deviennent insupportables, quoiqu'en dise l'Insee. Pour ceux qui les tondent, ce n'est pas franchement la crise, si j'en croit le nombre de Porche, d'Aston Martin, de Maserati et autres que je vois circuler dans ma ville, et si j'en crois les revenus attribués aux dirigeants des banques mondiales (en millions d'euros ou de dollars, pour un total en milliards).
La question de la sortie de la "crise" serait donc : comment mettre un terme à cette gigantesque pompe qui permet à quelques uns, de faire du profit à outrance à tout prix, d'accaparer la création de richesse, au détriment de tous les autres, et même au détriment de la planète ?
La finance ayant pris le pouvoir, et les politiques semblant bien impuissants voire complices ... quels sont les moyens d'action du citoyen ?
J'aimerais bien retrouver le ton d'éditions précédentes d'Alternatives économiques : "Il faut remettre la finance à sa place", "Pourquoi les riches doivent gagner moins", "Arrêtez la casse" ...
Peretz, le 01/11/2013 à 15:13
C
Peretz, le 01/11/2013 à 15:19
On fait quoi ? C'est simple on repart sur le keynésianisme avec le fordisme (ciblé). Les investissements suivront automatiquement. Bien entendu sans s'occuper des déficits. Ah ! j'oubliai : sortir de l'euro pour faire marcher la planche à billets.Ne nous voilons pas la face, c'est obligatoire.
yan, le 01/11/2013 à 17:16
Bonjour
Je dois bien vous avouer mon (petit) agacement a la lecture des premières lignes de l'introduction de votre dossier. "La France compte aujourd'hui 900 000 pauvres de plus qu'en 2008, avant la crise" écrivez-vous. De quelle crise parlez-vous ? Assurément pas de celle à propos de laquelle Raymond Barre déclarait que le bout du tunnel était en vue. C'était au début de l'époque du chômage structurel, il y a près de 40 ans. Epoque que nous nous n'avons pas quitté depuis.
Y aurait-il deux crises, voire pas de crise du tout ? Le système économique dans lequel nous vivons prévoit, intègre, se nourrit même de ce que vous sembler nommer crise.
Débat sémantique qui ne pourra faire avancer le schmilblick diront certains. Je n'en suis pas persuadé. Mal nommer les choses, c'est ajouter aux malheurs du monde disait je ne sais plus qui. Ce qui est sur, c'est que cela n'oriente pas forcément vers le bon diagnostic.
Qu'en pensez-vous ?
Cordialement
Yan
anartien, le 01/11/2013 à 17:35
Ah, comme je regrette l'époque où "Alternatives économiques" était plus "éco" et moins "alter", le temps de "Sciences et Vie Eco"... Il y avait alors plus d'intelligence et moins de positions partisanes (où une seule position apparaît, déclarée "vérité").

"On fait quoi" (que fait-on en bon français) ?

Eh bien, on laisse la richesse se créer, en se rappelant que c'est l'inégalité de la répartition qui est le moteur même de la richesse: supprimez ce qui dépasse et vous coupez les épis en ne laissant que la paille. Evidemment, si vous préférez le foin au pain, continuez ainsi à vouloir atteindre une égalité chimérique et vous aurez la si enviable (vous aimez l'envie, non ?) Corée du Nord...

Laissez donc à chacun le soin de répartir les richesses qu'il a créées, ou même celles dont vous semblez penser qu'il s'est emparées par "l'exploitation éhontée des masses laborieuses": vous ferez alors oeuvre véritablement utile d'altruisme (cf Matthieur Sicard).

Vous ne serez et ne resterez sinon que des jaloux, envieux, esclavagistes (enchaînant ceux qui ne vous ressemblent pas dans les liens de votre prétentieuse "solidarité" qui tue la Charité).
Joan-Loís ESCAFIT, le 01/11/2013 à 18:11
Dans les inégalités qui se creusent, et alors que le mot territoire est d'autant plus à la mode que chacun peut y mettre le découpage qui l'intéresse, (pour un président de conseil régional, la région, pour un président de conseil général le département, pour un maire la commune) il faut souligner celles qui se mesurent sur des territoires socio-économiques pertinents, les plus significatifs étant les zones d'emploi récemment redéfinies par l'INSEE en prenant mieux en considération les zones interdépartementales voir interrégionales, comme les zones d'emploi d'Avignon (sur 2 régions PACA et Languedoc-Roussillon, 3 départements: 84, 30 et 13) ou Toulouse (sur 2 régions Midi-Pyrénées et LR et 7 départements: 31, 11, 81, 82, 32, 65 et 09); ils révèlent ce que gomme la statistique césaro-bonapartistes par département, l'existence de grosses disparités grandissantes au sein d'un même département (même sans "descendre" jusqu'aux pays ruraux et quartiers urbains). Avec les taux de chômage du 2ème trimestre qui place au 2ème trimestre 2013 la ZE d'Agde Pézenas (LR) au 1er rang hexagonal pour le taux de chômage (17,9 % pour 23 858 emplois existants fin 2010, alors que le minimum à 5,5 % se situe sur celle d'Houdan (Ile de France) qui comptait 11 165 emplois fin 2010 et que la progression sur cinq ans du taux de chômage a été de 1,4 % sur la ZE de Mauriac (9 433 emplois fin 2010). Malgré ses 17,3 % de taux et 4,8 % d'aggravation en cinq ans, ce n'est pas la ZE d'Alès historiquement sinistrée par la chute de l'industrie à la fin du charbon et malgré le dopage des créations non durable apportées par les chasseurs de primes) qui retrouverait son taux record après avoir été doublée par Lens-Hénin et Calais (zones sinistrées du Nord Pas-de-Calais) et Thiérache (zone sinistrée de Picardue). La championne hexagonale du taux et de la dégradation, c'est une zone à fort dynamique démographique (+ 2 % par an de solde migratoire massivement intra hexagonal) et qui a eu la plus forte progression relative d'emplois entre fins 1998 et 2010 (+ 34,9 % d'emplois, mais avec + 54,2 % dans le tertiaire marchand au lieu de -15,2 % dans l'agriculture (où de l'agro-alimentaire de proximité aurait dû profiter de la démographie permanente et saisonnière) et à peine +0,4 % dans un mini secteur industriel; la moyenne régionale d'ensemble de + 20,3 % et hexagonale de + 10 %). Où l'on voit que la croissance de la population et la croissance de l'emploi peuvent conduire à une explosion de chômage, précarité et pauvreté quand les politiques publiques fondées sur une gestion prévisionnelle territoriale de l'emploi et des compétences impliquant les partenaires sociaux au niveau pertinent (ici les deux zones d'emploi de l'arrondissement de Béziers où un accord pour le développement de l'emploi et des compétences avait été signé le 22 octobre 2009 mais sans ciblage des crédits publics européens, régionaux et départementaux pour l'emploi, la formation et d'linsertion et des fonds européens, régionaux et conventionnels de la formation vers les zones les plus affectées).
Non messieurs les dévôts de l'attractivité et de la compétitivité des territoires, ce n'est pas avec de la croissance tous azimuths semée par la main invisible du marché épaulée dopée par des mannes publiques multipliant les effets d'aubaine que pourra assurer un développement soutenable, socialement équitable et au service de l'emploi. De véritables politiques de transition énergétique et écologique offrent de grands potentiels notamment dans le domaine de l'habitat (dont l'isolation thermique de l'habitat ancien) et des transports (il manque la ligne nouvelle Montpellier Perpignan et un bout de contournement ferroviaire de Lyon pour que 214 trains de fret quotidien entre la péninsule ibérique et le reste de l'Europe limitent la progression du nombre de poids lourds franchissant la frontière au Perthus qui sans cela passerait de 10 000 en 2005 à 20 000 en 2025 selon l'étude présentée par FERRMED (association européenne promouvant un grand corridor ferroviaire marchandises entre la Scandinavie et la méditerranée occidentale pour des transports moins coûteux et moins polluants améliorant l'utilisation des ports méditerranéens).
Mais le débats instruits par la technocratie franco françaises se soucient peu des explosives aggravations de déséquilibres territoriaux ,y compris par les effets de métropoles vampirisantes réduisant des villes qui ont connu des périodes prospères par leurs activités industrielles et tertiaires comme Sète ou Béziers et leurs ceintures à un rôle de cité dortoir où, faute de propositions alternatives concrètes, l'électoral risque fort de céder aux sirènes populistes qui amèneraient à une catastrophe européenne pas seulement politique...
Thierry VERSON, le 01/11/2013 à 23:03
Je suis complètement d'accord avec le commentaire de Imel.
2 chiffres à ajouter: le coût moyen d'un chomeur est de 29 000€ en incluant les couts du traitement du chomage et de l'inutile (pas pour tout le monde) politique de l'emploi. Le coût d'un emploi social créé par l'état, auto-assureur en matière sociale et récupérant partie du salaire par les impôts et taxes serait lui de 11 000€.
Conclusion très simple: c'est la conception même de notre société au service de l'économie et plus précisément du grand capital qui est à réformer notamment en intituant un réel droit à travail normal payé normalement; ensuite que tous les profits soient normalement et justement imposés, que les paradis fiscaux soient assistés pour changer de moteur économique afin de permettre l'éradication de l'évasion fiscale (600 milliards pour la France, 2000 pour l'Europe), et qu'on revienne sur les lois fiscales passées, qui ont contribué à creuser ces inégalités et la dette, et déja il fera un peu plus clair et un peu plus juste.
, le 02/11/2013 à 23:43
"L'inégalité de la répartition est le moteur de la richesse" (anartien le 01/11) ... moteur de la richesse de quelques uns au détriment des autres ?
La question n'est pas de supprimer les écarts de revenus et de richesse, la question est : comment et pourquoi est acquise et répartie la création de richesse, de valeur ?
Dans un système capitaliste, où l'on admet la propriété privée et le rendement de l'investissement, le profit est la rémunération de l'entrepreneur et du capitaliste (de l'actionnaire). Et le salaire, c'est la rémunération du salarié. Chacun des acteurs participe à l'activité économique, à la création de richesse. Sans entrepreneurs, sans actionnaires ... sans salariés, pas d'entreprises. Chacun a certainement des objectifs individuel antinomiques, et si l'un prend le pouvoir c'est au détriment de l'autre, c'est pourquoi il faut des règles et un arbitre.
Règles faussées et bafouées en toute impunité par quelques uns, arbitre impuissant ou soudoyé, et pouvoir bientôt absolu pris par un des acteurs : la finance. Alors qu'il y a vingt ou trente années les industriels avaient encore peut-être l'objectif de la durée, de la stabilité de leurs entreprises, aujourd'hui la finance impose des rendements exorbitant à court terme, destructeurs des entreprises et des sociétés, et joue avec des outils produisant de la richesse factice finalement transformée à son unique profit en richesse réelle avec l'argent du contribuable.
Où est la juste rémunération de l'entrepreneur, du capitaliste, et du salarié ? A quelle niveau se situe-t-elle ? C'est certainement une vaste question, à laisser peut-être en partie au jeu de l'offre et de la demande, et à contrôler aussi par un juste arbitre en fonction d'un équilibre voulu part l'ensemble de la société.
En tous les cas cette rémunération de l'entrepreneur et de l'actionnaire ne peut certainement pas indéfiniment augmenter au détriment des salariés, des citoyens, des sociétés : sans même parler de justice économique et sociale, il s'agit simplement de ne pas scier la branche sur laquelle on est assis. Pour vendre et faire des profits ... il faut que d'autres aient la capacité d'acheter. Pour ma part j'en ai de moins en moins, et je fais partie des privilégiés qui sont seulement aujourd'hui, rattrapés par les hausses de prix.
La suite ... la même qu'en 1929, où la crise financière s'est transformée en crise économique et sociale, puis en guerre ... où ceux qui avaient déjà fait fortune au détriment de la société, ont à nouveau fait fortune dans l'économie de guerre puis dans la reconstruction ? Ce qui ne les a pas dérangé : ce ne sont pas eux qui allés à la guerre ...
Il est urgent de mettre un terme à ce système. Avec l'aide de qui ?
, le 03/11/2013 à 01:43
Et un dernier mot, pour revenir à l'article que l'on commente ici : j'ai l'impression qu'il alerte sur le manque d'actions ou propose des solutions pour éteindre des incendies, mais courir éteindre les incendies ne sert à rien, si l'on ne cherche pas à éradiquer la cause des incendies.
Et j'aimerais beaucoup que la presse parle des causes, à ce propos voir le documentaire diffusé cette semaine sur Arte (noire finance), où finalement, tout est dit.
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