Mieux mobiliser l'épargne des Français

Karine Berger, députée des Hautes-Alpes, coauteure du rapport "Dynamiser l'épargne financière des ménages pour financer l'investissement et la compétitivité"
Alternatives Economiques n° 324 - mai 2013
couverture
Paradis fiscaux : et si c'était vraiment la fin ?
mai 2013

La France emprunte à des non-résidents à hauteur de 30 milliards d'euros par an, en moyenne. Cette dépendance ne résulte cependant pas d'une insuffisance d'épargne hexagonale : le patrimoine financier des ménages s'élève à 3 600 milliards d'euros, presque deux fois le produit intérieur brut (PIB).

L'essentiel des besoins de financement des entreprises est correctement couvert pour un coût assez bas. Les plus grandes font de plus en plus directement appel aux marchés. Avec cependant un enjeu majeur : éviter que la détention de leur capital par des acteurs non français ne pèse sur les choix stratégiques de ces entreprises, au détriment de l'économie hexagonale.

Les petites et moyennes entreprises (PME) et, dans une moindre mesure, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont, elles, structurellement dépendantes des crédits bancaires. Un mouvement général de renforcement des fonds propres des PME a cependant pu être observé au cours de la décennie écoulée. On constate toutefois des difficultés sur ce plan pour beaucoup d'entreprises en forte croissance, dont l'activité n'est pas encore assez développée pour générer suffisamment de résultats : elles n'arrivent pas à lever assez de fonds propres. Une seconde limite constitue sans doute le risque principal pour l'économie française : beaucoup de PME rencontrent des difficultés pour financer les importants investissements nécessaires afin de grossir et devenir des ETI capables d'innover et d'exporter, à l'instar du fameux Mittelstand allemand. Les besoins correspondants en fonds propres vont de quelques centaines de milliers d'euros pour l'amorçage à 20-100 millions d'euros pour l'accession à la taille d'entreprise intermédiaire.

Il faudrait réussir à orienter vers les PME-ETI un encours d'épargne supplémentaire de 15 à 25 milliards d'euros. Au-delà, un encours de l'ordre de 100 milliards d'euros permettrait de consolider la détention des grandes entreprises par les résidents. A cette fin, le rapport parlementaire que nous avons remis le mois dernier avec Dominique Lefebvre recommande en particulier, tout en confortant la confiance des ménages français dans l'assurance-vie, leur produit d'épargne privilégié, d'inciter ceux des épargnants qui le peuvent à des placements plus longs et davantage orientés vers les entreprises par le biais d'ajustements limités de son régime fiscal spécifique. Parallèlement, il faut aussi favoriser davantage l'investissement en fonds propres dans les PME et les ETI en réorientant et en ciblant mieux les dispositifs fiscaux existants.

La sortie de crise de l'économie française dépendra avant tout de notre capacité à générer nettement plus d'investissements productifs. L'épargne abondante des Français constitue un atout qui doit être mobilisé davantage dans ce but. Tout en respectant la préférence marquée et légitime de nos concitoyens pour la sécurité de leur patrimoine financier et la liquidité de leurs placements.

En savoir plus

"Dynamiser l'épargne financière des ménages pour financer l'investissement et la compétitivité", rapport accessible sur http://karineberger.files.wordpress.com/2013/04/rapport-epargne-financiere-berger-lefebvre-2-avril-2013-vf.pdf

Karine Berger, députée des Hautes-Alpes, coauteure du rapport "Dynamiser l'épargne financière des ménages pour financer l'investissement et la compétitivité"
Alternatives Economiques n° 324 - mai 2013
 Commentaires
alterb, le 16/05/2013 à 10:36
Paradigme _Le capitalisme financier , la phase actuelle de l'ultra libéralisme mis en œuvre par Reagan et Thatcher dans les années 80 est une impasse. Et le socialisme social-démocrate, sans la maîtrise de la propriété des moyens de production limite sérieusement son pouvoir d'intervention,d'orientation dans le domaine économique.Ce capitalisme financier,par ses excès ,met en danger toutes les économies et par la même l' épargne en provoquant des crises systémiques. Il faut donc changer le paradigme actuel qui est basé sur l'antagonisme exarcerbé des classes sociales. Face au capitalisme individuel, il faut developper un capitalisme collectif, mutualiste et solidaire. Créons donc des fonds souverains nationaux, européens et transnationaux dans tous les domaines, pour contrer le capitalisme financier apatride.Ces fonds pourraient s'investir en priorité dans les ETI,dans les SCOPs,dans les nouvelles entreprises,dans le capital risque (start-ups) et aussi dans les entreprises en grande difficulté.Ils seraient alimentés par des PEI(plan épargne investissement),des assurances vie dont le capital et un minimum d'intérêt seraient garantis pour les épargnants, par les fonds de capitalisation de l'Etat, alimentés par ses parts participatives aux plus-values du Capital des entreprises.
D'autre part il serait nécéssaire de généraliser la participation des salariés à la valeur ajoutée des entreprises;puis d'étendre cette participation aux plus-values de leur Capital.Trois acteurs seraient concernés par cette participation:l'Etat ou les Etats pour les multinationnales,les salariés ,et bien sûr les proprietaires ou les actionnaires.Ces parts participatives seraient regroupés dans des fonds de capitalisation mutualistes et solidaires.Ces fonds seraient monétarisés pour_1,abonder l'épargne investie dans les fonds d'investissement solidaires_2,distribuer du capital aux non-bénéficiaires d'intéressement et plus-values en capital des entreprises
Peretz, le 07/06/2013 à 13:14
"La sortie de crise de l'économie française dépendra avant tout de notre capacité à générer nettement plus d'investissements productifs." Oui. Mais le pouvoir d'achat est en berne avec une vision sur le futur toujours pessimiste des particuliers et entreprises, personne n'investira dans ces conditions. Moralité augmenter le Smic et petites retraites de façon significative. Le contraire de ce que fait le Gvt actuel. Il ne peut y avoir d'autres solutions logiques
Jean Nicolini, le 05/12/2013 à 01:36
Dans la masse considérable d'épargne des Français, une grande partie ne sera jamais investie dans l'économie réelle(capital risque, économie solidaire, fonds collectifs d'investissements éthique...) parce que ses détenteurs sont avant tout motivés par l'accumulation bancaire et le chiffre en bas de la colonne crédit. Ils laissent donc leurs gestionnaires de compte (banques et assurances) se charger de 'placer' leurs petites économies.
Les banques françaises ont perdu plus de 100 milliards d'euros sur les marchés, il aurait mieux fallu les perdre dans l'économie réelle, ne serait-ce que la moitié...
De fait, le plus souvent ces épargnants finissent leurs jours tel picsou sur son tas d'or inutile.
La question est donc de savoir comment obtenir un changement de mentalité.
Faut-il les contraindre ?
Créer un fond d'investissement obligatoire avec un remboursement dans 10 ans et un taux d'intérêt égal à l'inflation ?




alterb, le 07/12/2013 à 08:23
Vos remarques sur l'epargne des Francais sont pertinanteset rejoignent les miennes.Surtout quand on sait que leur epargne est superieure a 3600milliards d'Euros.
Peretz, le 01/02/2014 à 09:15
Faux problème comme dab. En tout cas mal posé. Ce n'est pas quantitatif mais qualitatif : pourquoi les prêteurs ne prêtent pas suffisamment ? Simplement parce que en sortant du système keynésien inflationniste, les banques ont enclenché un climat restrictif où l'argent ne doit pas être dépensé. Que pense l'auteure des 30 glorieuses ?
www.crisemajeure.fr, le 06/05/2014 à 18:26
Les PME reçoivent seulement 5 % des prêts accordés par les banques !
Les 20 millions de PME - PMI - européennes représentent 99,8 % du total des entreprises, et soutiennent 87 millions de salariés. Depuis 2000, elles ont généré 85 % des emplois nouveaux, 67 % de l'emploi global, 57 % du PIB de l'UE, secteur financier mis à part - source.

95 % du crédit bancaire disponible pour les entreprises ne bénéficie qu'aux entreprises cotées en bourse, qui représentent 20 % des entreprises, les autres, 80 %, doivent se contenter du solde de 5 % ! Source - Steen JAKOBSEN économiste en chef de Saxo Bank.

Conclusion : les PME à la base de la vie économique subissent la restriction délibérée du crédit bancaire. Elles sont surchargées de taxes, de contrôles et de lourdeurs administratives. Les commandes diminuent au profit du rendement des grands groupes et des marchés boursiers, mais au détriment de l'emploi, de l'attente légitime des chômeurs. Tout cela conformément aux effets attendus d'assèchement de l'économie réelle.
LOUIS PERETZ, le 06/06/2016 à 09:02
Le problème des investissements insuffisants a été soulevé depuis longtemps par Keynes. Entre investir en entreprise ou dans la finance, selon l'époque, on investit dans celui qui rapporte le plus. Elémentaire.
AffectioSociétatis, le 28/08/2016 à 18:52
A l’intention de Philippe Frémeaux et Karine Berger
Bonjour,
L'épargne des Français et l’ESS doivent évoluer, elle sont figées
Pire elles s’enfonce dans l’indifférence en investissant des les assurances vie.
Les français doivent apprendre à participer à la vie des entreprises locales ou régionales. Je vous propose une piste
Le concept que le CiiB (1) mène depuis 30 ans une action dans ce sens mais qui a été arrêtée avec la fermeture des bourses régionales qui allaient dans ce sens. Il restait; bien sûr, encore un long chemin à parcourir.
Cette initiative avait alors continué avec l’association Love money www.love-money.com animée par Jean et Didier Salwa. L’association a cessé sur cette voie. Mais elle a été reprise par le Crowdfunding equity avec le succès que l’on sait, mais qui s’éteint par manque de professionnalisme sur le manque de protection des épargnants.
Désormais CiiB essaye de reprendre son activité et à remis en place une voie nouvelle : le Carnet d'annonces" moyen pour les TPE et PME de mobiliser l'épargne locale à s'investir dans les entreprise locales créatrices d'emplois, mais aussi il ouvre une voie nouvelle inexplorée pour l'ESS
jean salwa
voir les sites www.ciib.fr et www.bourse-de-voisinage.com
contact@ciib.fr
(1) Le CiiB est un cabinet créé en 1982, par un syndicaliste de la Bourse de Paris, dont l’objectif était d’orienter l’épargne des particuliers à s’investir dans les entreprises locales. Le CiiB a été à l’origine de la création de Second marché en 1983 et conseil sur ce sujet de Jacques Delors . Cette initiative qui a fait venir investir dans les entreprises régionales, six millions de français qui ignoraient tous de la bourse et ont découvert les TPE et PME régionales. L’initiative à tourné court en 1998 avec la reprise par les banques des bourses régionales

 Commenter cet article
J'ai déjà un compte, je m'identifie :

Mot de passe oublié?

Je n'ai pas de compte, je m'inscris :

Votre email :
En Kiosque actuellement





Autres ressources

Je m'abonne et je commande



  • Offres enseignants
  • Offres institutions
  • Offres étudiants

  •  
Autres rubriques



<a href="page.php?rub=99"><img src="pics/fr/mes-achats.gif" alt="Mes achats">

alternatives economiques Alternatives Economiques : Contacts | Annonceurs | Informations légales | Signaler un contenu illicite
Abonnements : 12 rue du Cap Vert 21800 Quetigny - Tel 03 80 48 10 25 - Fax 03 80 48 10 34 - accès au formulaire de contact
Rédaction - Alternatives Economiques : 28, rue du Sentier, 75002 Paris - 01 44 88 28 90 - accès au formulaire de contact
© Alternatives Economiques. Toute reproduction ou représentation intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, des pages publiées sur ce site est soumise à
l’autorisation de : Alternatives Economiques. Ce site fait l’objet d’une déclaration auprès de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés sous le numéro 821101
Alternatives Economiques/Actu