Trumperie sur la marchandise républicaine ?

Jacques Amalric
Alternatives Internationales n° 068 - septembre 2015
couverture
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septembre 2015

Dans un peu plus d'un an, les États-Unis se choisiront un nouveau président, après huit années d'administration démocrate. L'opposition républicaine ne compte pas laisser passer l'occasion. Encore faudrait-il qu'un candidat crédible se distingue, parmi les 17 prétendants en lice qui font assaut de positions radicales.

On savait le parti républicain en mauvais état, mais on peut aujourd'hui mesurer la gravité du mal au triste spectacle qu'il propose à l'occasion des élections primaires destinées à désigner son candidat à l'élection présidentielle de novembre 2016. La course à la nomination ne commencera formellement que le 1er février prochain dans l'État de l'Iowa, mais dix-sept candidats à la candidature se pressent déjà au portillon tant le parti manque de "leaders naturels", de personnalités de premier plan, au caractère bien affirmé et au programme articulé. C'est le prix que le Grand Old party (G.O.P.), surnom de la formation républicaine, paie aujourd'hui à une dérive ultra-droitière entamée il y a bien des années. Une dérive fondamentaliste devenue paranoïaque depuis la première élection de Barack Obama en 2008, tant cette base du parti s'obstine à nier la légitimité du chef de la Maison blanche, après avoir contesté aussi bien sa nationalité que sa religion.

Le résultat de cette situation est accablant : pas un des dix-sept candidats à la candidature n'ose se présenter comme un homme de centre droit, rationnel, prêt à s'attaquer globalement aux problèmes du pays, qu'il s'agisse de l'immigration, du creusement des inégalités, du réchauffement climatique, de la crise de l'enseignement public, de la question raciale, de la prolifération des armes, de la réforme d'un système judiciaire qui fait des États-Unis le champion occidental des incarcérations, tant ils sont dans l'idéologie de la négation d'un pouvoir central ou dans la crainte d'une dénonciation de la part des zélotes du Tea party pour lesquels tous les malheurs des États-Unis ne peuvent venir que de Barack Obama.

La valse des candidats

L'actuel président est pourtant venu à bout d'une crise économique exceptionnelle et a sorti plusieurs millions d'Américains du désert sanitaire grâce à sa réforme du système d'assurance-maladie. Mais les militants républicains de base, évangélistes pour la plupart, sont à l'image des parlementaires du parti cantonnés dans une opposition systématique. Dernier exemple peu spectaculaire mais significatif : ils viennent de refuser de financer la remise en état d'un réseau autoroutier dégradé qui suppose une hausse de prix de cinq cents du gallon d'essence. Le gallon (environ quatre litres) vaut aujourd'hui un dollar environ. Deux présidents républicains, Ronald Reagan et George Bush père, n'avaient pourtant pas hésité, naguère, à recommander une augmentation de sa taxation pour améliorer les infrastructures routières. Ils savaient au moins faire la différence entre investissement et gaspillage présumé.

Ainsi démarrait la pré-campagne républicaine, sans qu'aucun candidat ne s'impose : ni Jeb Bush, le frère de George, ex-gouverneur de Floride, marié à une Mexicaine, hier favorable à un traitement humain des onze millions de Mexicains illégaux, aujourd'hui hésitant, toujours à la peine pour faire oublier son arbre généalogique et ses responsabilités dans l'éclatement de la bulle immobilière de Floride ; ni Scott Walker, le gouverneur du Wisconsin, qui se présente abusivement comme l'hériter de Reagan sans doute parce qu'il s'est fait connaître par sa lutte contre les syndicats d'enseignants de son État ("Si j'ai réussi à défier cent mille manifestants, je peux faire la même chose partout dans le monde" a-t-il dit en critiquant la politique moyen-orientale d'Obama) ; ni Rand Paul, libertarien, sénateur du Kentucky et fils de Ron Paul, lui-même libertarien ; ni Ted Cruz, le sénateur ultra-conservateur du Texas, qui a qualifié l'administration Obama de "financier mondial de l'islamisme radical terroriste" ; ni Marco Rubio, sénateur anti-castriste de Floride ; ni Chris Christie, gouverneur du New Jersey, le seul à préconiser la régularisation des migrants "latinos" mexicains mais dont les chances sont plus que minces ; ni Carly Fiorina, la seule femme dans la course, ex-PDG de Hewlett-Packard, seule capable, estime-t-elle, de battre une autre femme, Hillary Clinton, favorite pour l'investiture démocrate jusqu'à présent ; ni John Kasich, le gouverneur de l'Ohio, fils de mineur, pasteur dans l'âme, bon gestionnaire mais détesté par les extrémistes de son parti pour avoir accepté des fonds fédéraux dans le cadre de la réforme santé d'Obama ; ni le neuro-chirurgien ultra-conservateur Ben Carson, le seul prétendant afro-américain, pour qui la réforme du système de santé mise en place par Obama, est "la pire des choses arrivées dans ce pays depuis l'esclavage" ; ni Mike Huckabee, ex-pasteur, ex-gouverneur de l'Arkansas, qui a accusé Barack Obama, au lendemain de l'accord nucléaire avec l'Iran, d'avoir "entraîné les Israéliens jusqu'à la porte des fours crématoires". Et la liste n'est pas exhaustive.

C'est dans ce morne contexte qu'est intervenue la candidature explosive du milliardaire ultra-conservateur Donald Trump, autrefois encarté chez les démocrates pourtant, et un temps défenseur de la réforme Obama du système de santé mais un des premiers à laisser entendre que ce dernier ne serait pas né aux États-Unis, connu aussi pour avoir financé dans le passé Hillary Clinton, entre autres responsables démocrates.

À bas les "abrutis"

D'un ego surdimensionné, prêt à toutes les outrances car il se finance lui-même, familier de la télévision où il animait naguère un jeu de téléréalité qui consistait à déstabiliser des chercheurs d'emploi, il a fait exploser les compteurs lors d'un débat organisé par la chaine de télévision conservatrice Fox News début août. C'est dès le mois de juin cependant que le populiste Donald Trump avait porté ses premiers coups, se moquant ouvertement aussi bien des responsables démocrates que de ses rivaux républicains qualifiés de "nuls", d' "abrutis" ou de "faiblards", "prisonniers de leurs coachs et de leurs sondeurs, ne disant pas un mot sans l'avis de leurs stratèges". Critiqué pour sa "stupidité" par John McCain, le candidat républicain défait par Barack Obama en 2008, il avait répliqué en se gaussant de celui que l'Amérique considère comme un héros : ancien pilote de l'US Navy, le sénateur de l'Arizona a été retenu pendant cinq ans prisonnier au Vietnam du Nord refusant d'être libéré sans ses compagnons de captivité. Mais pour Donald Trump, qui a échappé à la guerre du Vietnam pour un problème à une jambe (il ne se souvient pas cependant s'il s'agissait de la droite ou de la gauche…), McCain "n'est pas un héros parce qu'il a été capturé. J'aime les gens qui n'ont pas été capturés".

Le milliardaire en roue libre

Peu attaqué par des adversaires craignant sa puissance de feu, le protectionniste Donald Trump, qui promet d'être "le plus grand président de l'emploi que Dieu ait jamais créé", s'en est pris ensuite aux Chinois puis aux onze millions de migrants "latinos" vivant clandestinement aux États-Unis, mexicains pour l'essentiel, et a préconisé l'érection d'un mur à la frontière sud des États-Unis, qu'il entend faire payer par… Mexico. Ajoutant même : "Lorsque le Mexique envoie sa population aux États-Unis, il n'envoie pas le meilleur. Il envoie des gens qui ont beaucoup de problèmes et ils apportent ces problèmes chez nous. Ils apportent de la drogue. Ils apportent de la criminalité. Ce sont des violeurs". Une déclaration qui a fait scandale à Mexico et qui a plongé les quelques stratèges républicains restés lucides, dans un profond embarras, car ils savent que le vote des "latinos" sera déterminant en 2016 et que Barack Obama lui doit en grande partie ses victoires de 2008 et de 2012. Au lendemain de ces dernières élections, la direction du parti républicain n'avait-elle pas tiré les conclusions de l'expérience en affirmant : "Nous devons soutenir une réforme du système migratoire et cesser d'utiliser un ton qui nuit à l'image du GOP auprès de la communauté hispanique". En vain, visiblement.

Élections américaines : le dollar reste le nerf de la guerre

Jacques Amalric

Depuis 2010, et par la volonté de la Cour suprême, l'argent est devenu roi dans les processus électoraux américains. Dans un arrêt plus que surprenant, les juges ont en effet supprimé cette année-là tout plafonnement du financement politique en légalisant la pratique des super PAC (Political Action Committees). Théoriquement indépendants des candidats, ces comités sont en fait utilisés par des riches hommes (ou femmes) d'affaires pour alimenter grassement les caisses d'un ou de plusieurs poulains.

A ce stade de la campagne, le champion de cette course à l'argent est incontestablement l'ex-gouverneur Jeb Bush qui a recueilli une centaine de millions de dollars grâce à ses super PAC. Le sénateur du Texas, Ted Cruz disposerait pour sa part de 37 millions dont plus d'une dizaine ont été donnés par un seul contributeur à la tête d'un fonds d'investissement spéculatif. Viendrait ensuite Hillary Clinton, avec une vingtaine de millions fournis pour l'essentiel par des milliardaires d'Hollywood et par le financier philanthrope George Soros.

Mais les contributeurs politiques les plus importants des Etats-Unis sont sans doute les frères David et Charles Koch qui ont annoncé vouloir consacrer près d'un milliard de dollars à la défense des valeurs conservatrices.

Autre gaffe majeure du milliardaire : afficher sans complexe une misogynie viscérale et s'en prendre à une journaliste de Fox News qui avait eu l'impudence de lui demander si une telle attitude était bien compatible avec le statut présidentiel. Mal lui en a pris : le lendemain, Donald Trump se présentait en victime de la part d'une femme "injuste" et partiale. La preuve ? Tandis qu'elle posait sa question, a-t-il expliqué, "on pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son… où que ce soit". Comprenne qui voudra. L'un de ses conseillers, en tout cas, a compris et démissionné. Comme tous les politologues, il sait que le parti républicain souffre d'un déficit électoral chez les femmes (55 % d'entre elles ont préféré Barack Obama à Mitt Romney en 2012) et que ce genre de remarques plus que douteuses ne risque pas de régler le problème. Pas plus que la croisade que mène Donald Trump, après son troisième mariage, contre le planning familial, l'avortement ou même la vaccination des enfants qui, selon lui, déclencherait l'autisme.

Courtiser les minorités

Dernier mystère qui alimente les rumeurs : en toute occasion et contrairement à ses rivaux, Donald Trump refuse d'exclure une candidature indépendante dans le cas où les militants républicains ne reconnaîtraient pas ses immenses mérites et ne le choisiraient pas comme leur candidat. Cette menace d'une candidature indépendante grâce à une fortune évaluée à quatre milliards de dollars, n'est pas encore prise au sérieux par les responsables républicains. Pour eux, Donald Trump et ses outrances finiront par lasser la majorité des 24 % d'Américains qui les approuvent aujourd'hui. La campagne sera longue et forcément sanglante. Celui qui se proclame porte-parole de la fameuse "majorité silencieuse" ne devrait pas en réchapper même si, jusqu'à présent, sa popularité n'est pas atteinte par des outrances qui dans le passé auraient coupé court aux ambitions de n'importe quel responsable politique. Probable, mais reste qu'un précédent revient en mémoire : l'élection de Bill Clinton en 1992 en grande partie grâce à la candidature indépendante d'un autre milliardaire réactionnaire Ross Perot ; ce dernier avait recueilli environ 10 % des voix qui seraient sans doute allées à George Bush père lequel se présentait alors pour un second mandat. L'épisode a de quoi alimenter les élucubrations des complotistes de tous poils pour lesquels Donald Trump ne serait qu'un allié masqué d'Hillary Clinton.

Même si Donald Trump finit par jeter l'éponge, le candidat républicain, quel qu'il soit, aura le plus grand mal à l'emporter dans le cas où Hillary Clinton triomphe dans les élections primaires démocrates. L'équation démographique, en effet, est de plus en plus défavorable au Grand Old Party dont l'électorat est en grande majorité blanc, un bloc dont l'importance diminue tous les ans dans la population des États-Unis du fait de la croissance des minorités ethniques : noirs mais aussi asiatiques et surtout hispaniques, de plus en plus réactifs au sort qui sera finalement réservé aux onze millions d'illégaux que compte leur communauté. Pour être élu, s'accordent à affirmer la plupart des analystes américains, le candidat républicain quel qu'il soit devra recueillir 30 % du vote non-blanc. Un pourcentage qui n'a jamais atteint par le candidat du GOP que ce soit en 2004, en 2008 ou en 2012. Cette dernière année, Mitt Romney n'avait obtenu que 17 % du vote non-blanc.

La seule hypothèse dans laquelle les analystes croient possible une victoire républicaine serait la défaite d'Hillary Clinton dans les élections primaires et l'émergence d'un candidat démocrate très marqué à gauche. Nous n'en sommes pas là, même si la popularité d'Hillary Clinton est en baisse ; celle qui fut secrétaire d'État et qui est dépourvue du charisme de son mari, paraît quelque peu encalminée et doit faire face à des attaques, autant sur son financement que sur l'usage de son serveur personnel pour envoyer et recevoir des mails professionnels lorsqu'elle dirigeait la diplomatie américaine entre 2009 et 2013. Une pratique interdite pour raisons de sécurité qui lui vaut donc une enquête du ministère de la justice. En attendant, elle doit faire face à la concurrence du sénateur du Vermont, Bernie Sanders, un homme politique atypique mais de talent, qui ose s'affirmer socialiste et remplit ses salles de réunion sans ménager ses critiques de la "dynastie" Clinton.

Jacques Amalric
Alternatives Internationales n° 068 - septembre 2015
 Commentaires
marthelilois96, le 01/10/2016 à 18:08
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